LA PROBLÉMATIQUE DE LA MALADIE DANS LA LITTÉRATURE AFRICAINE ÉCRITE
Date
2021
Authors
Journal Title
Journal ISSN
Volume Title
Publisher
PRESSES UNIVERSITAIRES
Abstract
Le présent ouvrage est le résultat d’un appel à contribution sur la
problématique de la maladie dans la littérature africaine écrite, lancé
en juin 2020. Il faut dire que l’on méconnaît et l’on relègue très
souvent au bas de l’échelle l’intérêt et l’apport de la littérature dans
l’élucidation et l’appréhension des phénomènes pathologiques, alors
que la maladie et la santé sont au cœur de nombre d’œuvres de poètes,
dramaturges, romanciers, nouvellistes et fabulistes. Dans le cas de
l’Afrique, les productions littéraires comme les recherches et travaux
critiques qui se donnent pour objet de les analyser contribuent à
enrichir les connaissances sur les questions de santé et de maladie
dans les sociétés africaines. C’est dans cette logique que s’inscrit le
présent ouvrage, intitulé La problématique de la maladie dans la
littérature africaine écrite. Il diagnostique, à l’attention d’un public
académique et non académique, la perception et les représentations de
la maladie par les écrivains et les personnages mis en scène, de sorte à
contribuer à une meilleure prise de conscience de toutes les formes de
maladies ou pathologies, à une réorientation des campagnes de
sensibilisation et à une plus grande efficacité des soins, des prises en
charge ou des systèmes de santé.
Les auteurs des dix articles retenus pour le dossier proviennent
des universités suivantes : University of Nottingham (United
Kingdom), Université Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Université
de Bayreuth (Allemagne), Université de Lomé (Togo), Université
Général Lansana Conté Sonfonia-Conakry (Guinée), Université
Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso). Et des treize axes de recherche
initiaux, sept sont particulièrement explorés par les auteurs : les
représentations de la santé et de la maladie, la typologie des causes,
origines et facteurs de la maladie, les normes sociales et la maladie,
les conflits des systèmes de santé (traditionnel vs moderne), la
communication et les discours sociaux sur la maladie, la maladie et la
marginalisation sociale, la maladie et la désorganisation-
réorganisation familiale ou sociale. Au nombre des maladies et
10
pathologies passées au crible, au fil des articles, figurent la fièvre
hémorragique Ébola, l’infection à VIH SIDA, la lèpre, le choléra,
l’ulcère, la stérilité, la folie, le syndrome de Down, les troubles de
l’attention et de l’hyperactivité, le pied bot et le tétanos.
Dans les œuvres littéraires servant de corpus d’étude aux auteurs
des articles, il apparaît que, loin des causes organiques,
physiologiques ou accidentelles, les maladies et autres pathologies
diverses qui éprouvent les individus, les familles et les sociétés sont la
résultante de la dégradation de la relation de l’homme envers son
semblable, envers la société et envers la nature. La dégradation de la
relation entre l’homme et son semblable n’est rien moins que la
méchanceté, la jalousie et l’égoïsme de personnages dont sont
victimes certes des tiers innocents (l’ulcère de Bafitini lié au sortilège
que lui a filé un prétendant malheureux, l’épidémie de choléra liée aux
détournements des fonds destinés à l’assainissement), mais aussi et
par contrecoup les auteurs eux-mêmes (la folie de Baré Koulé, le
syndrome de Down, les troubles de l’attention et de l’hyperactivité
d’hommes politiques). La dégradation de la relation de l’homme à sa
société réside dans la transgression des valeurs et normes sociales
chez certains personnages qui s’adonnent allégrement à la débauche, à
la fornication, à la multiplicité des partenaires sexuels, à l’avortement
et à d’autres abus, les exposant de ce fait à des maux tels que
l’infection à VIH SIDA (Taram dans L’Épave d’Absouya). Enfin, la
dégradation de la relation de l’homme envers la nature provient de la
défiance de l’homme envers les autres forces de la nature, sa voracité
et son insatiabilité qui le poussent à tout exploiter, à dévaster la nature,
à exterminer certaines espèces animales et végétales pour s’approprier
leur habitat, s’exposant ainsi à des dangers lointains et cachés. Tel est
du moins le diagnostic de l’épidémie à fièvre hémorragique Ebola
dans En compagnie des hommes de Véronique Tadjo et dans Les
poussières des temps de Koffi Boko et rapporté respectivement par
Fatou Ghislaine Sanou de l’Université Joseph Ki-Zerbo, Ute Fendler
de l’Université de Bayreuth et Seexonam Komi Amewu de
l’Université de Lomé :
11
Mais les êtres humains ont détruit nos espoirs. Partout où
ils se trouvent, ils s'attaquent à la forêt. Nos troncs
s'écrasent dans un bruit de tonnerre. Nos racines dénudées
pleurent la fin de nos rêves. On ne décime pas la forêt sans
faire couler de sang. (Véronique Tadjo, p. 22)
Mais enfin, l’humanité aurait-elle "mangé le totem" ? Le
rubicond avait été franchi et le seuil du sacré largement
dépassé. Les dieux de la forêt auraient décidé de couper les
liens avec les humains ? (Koffi Boko, p. 47)
Évidemment, les conséquences sont désastreuses pour les
individus, les familles et les sociétés. Pour les individus, il y a, bien
sûr, la souffrance physique, avec des personnages tels que Bafitini,
François, Taram, etc., meurtris dans leur chair. Mais il y a surtout les
souffrances psychologiques et la violence verbale que nombre d’eux
subissent et qui réside en premier dans les paroles blessantes,
offensantes et discriminatoires comme le relève Anne Claverie
Kouassi N’Goran dans Saint Monsieur Baly de Williams Sassine avec
des métaphores et périphrases dénigrantes dont François, atteint de la
lèpre, fait l’objet : « l’homme pourri », « le lépreux-pourri »,
« l’homme-pourri-fou-lépreux-maudit », « du fou-lépreux-maudit »,
« ce lépreux-maudit, moitié-homme, moitié-démon », « ce monstre »,
« face monstrueuse », « tête affreuse ». Mais le plus dur pour nombre
de ces malades, c’est l’isolement, la marginalisation, la mise au ban de
la société. Mal aimés, discrédités aux yeux de la société, certains
personnages, à l’instar de Taram dans L’Épave d’Absouya de Jacques
Prosper, Khady, Lansiné et Malick dans Comme la nuit se fait lorsque
le jour s’en va de Libar Fofana, victimes de maladies considérées
honteuses comme le SIDA, font face à une forte hostilité de leur
entourage et de la société. C’est ce que nous disent Ayokunmi O.
Ojebode & Stephen E. Kekeghe :
« Beyond physical oppression, Hannah’s defiance to the
Matron’s directive subtly exposes the psychological burdens,
social discrimination and stigma attached to being a leper:
‘Don’t we have a right to live in this land – just because we are
12
like this… ? ...You think we don’t feel? Think we can’t
sense…Be human, my friend’ (HLD, p. 9-10). »
Du fait de ces maladies, l’unité et la cohésion des familles et des
communautés sont en péril, laissant place à une certaine
désorganisation sociale, à une suspicion permanente. C’est ce que
mettent en exergue Tounkara Cissé, Mamadou Yaya Sow et Adjoua
Anne-Claverie Kouassi N’Goran dans leurs contributions respectives
« Enjeux culturels et idéologiques du discours sur la stérilité féminine
dans Liens de mariage de Aïssatou Barry », « Maladie et conflictualité
chez Libar Fofana », « Poétique de la maladie et de la marginalisation
dans Saint Monsieur Bally de Williams Sassine ».
Au-delà des épreuves que constituent les maladies, la littérature
africaine écrite laisse transparaitre, propose des pistes pour en
préserver les individus, les familles et les sociétés. À la lecture des dix
contributions, deux systèmes de santé sont à l’œuvre : la thérapeutique
traditionnelle africaine et la médecine moderne. Elles apparaissent en
filigrane toutes les deux chez Ayokunmi O. Ojebode & Stephen E.
Kekeghe, « Diseases, Politics and Medicalisation : Literary-Diagnoses
of Patho-Political Epidemics in Nigerian Plays » et sont davantage
scénarisées dans la contribution de Clément Koama, « L’ulcère de
Bafitini : analyse lexiculturelle d’une séquence narrative dans Allah
n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma ». C’est ainsi qu’un
personnage de Allah n’est pas obligé, infirmier de son état de surcroît
dit, à sa patiente Bafitini :
C’est une maladie que la médecine, la science du blanc ne
peuvent guérir. « C’est la sorcellerie du guérisseur africain qui
peut fermer ta plaie. Si le capitaine opère ta jambe, tu vas
mourir, complètement mourir, totalement mourir comme un
chien », a dit l’infirmier major. L’infirmier était musulman et ne
pouvait pas mentir. (A. Kourouma, 2000, p. 23)
Si la contribution de Seexonam Komi Amewu « La
représentation de l’épidémie d’Ébola dans Les poussières des temps
de Koffi Boko » présente ces deux systèmes de santé comme
13
conflictuels, cette conflictualité, dans celle de Clément Koama,
s’efface dans l’incapacité de vaincre la maladie :
Au final, les oppositions semblent transcendées par la nécessité
de concilier les deux visions autour du triste dénouement de la
maladie. Si l’ulcère a eu raison de Bafitini, c’est en définitive
une manière de traduire l’incapacité des deux systèmes de santé
en concurrence devant le dessein divin, la fatalité, la finitude de
la nature humaine.
À la vérité, ces maladies et pathologies étant le corollaire de la
dégradation de la relation de l’homme envers son semblable, envers la
société et envers la nature, ni l’un ni l’autre de ces deux systèmes de
santé ne peuvent l’en préserver durablement. La solution, le salut de
l’humanité, réside dans les comportements plus humains, plus
responsables et surtout respectueux envers l’environnement, comme
l’indiquent la plupart des articles. Fatou Ghislaine Sanou écrit ainsi à
propos du roman En compagnie des hommes de l’Ivoirienne
Véronique Tadjo :
Véronique Tadjo donne la parole à plusieurs acteurs et victimes
dans une polyphonie au service de différents discours dans le
contexte social et culturel de l’Afrique contemporaine tiraillée
entre traditions et modernité. […] En effet, le lecteur est face
aux discours d’un chercheur, d’un médecin, d’une infirmière,
d’un volontaire local, d’un bénévole étranger, d’une mère en
agonie, d’un préfet, de la tante d’un orphelin, d’un homme qui
perd sa fiancée, d’un fossoyeur, d’une fille guérie du virus, d’un
baobab, d’une chauve-souris et du virus lui-même.
C’est en prenant en compte les intérêts de tous ces
personnages, humains, animaux et végétaux dans une sorte de
dualité entre rationalisme et mysticisme que jaillira l’espoir, laissent
entendre les œuvres littéraires africaines scrutées par les contributeurs.
Yacouba Banhoro
Sidiki Traoré
Description
Le présent ouvrage est le résultat d’un appel à contribution sur la
problématique de la maladie dans la littérature africaine écrite, lancé
en juin 2020. Il faut dire que l’on méconnaît et l’on relègue très
souvent au bas de l’échelle l’intérêt et l’apport de la littérature dans
l’élucidation et l’appréhension des phénomènes pathologiques, alors
que la maladie et la santé sont au cœur de nombre d’œuvres de poètes,
dramaturges, romanciers, nouvellistes et fabulistes. Dans le cas de
l’Afrique, les productions littéraires comme les recherches et travaux
critiques qui se donnent pour objet de les analyser contribuent à
enrichir les connaissances sur les questions de santé et de maladie
dans les sociétés africaines. C’est dans cette logique que s’inscrit le
présent ouvrage, intitulé La problématique de la maladie dans la
littérature africaine écrite. Il diagnostique, à l’attention d’un public
académique et non académique, la perception et les représentations de
la maladie par les écrivains et les personnages mis en scène, de sorte à
contribuer à une meilleure prise de conscience de toutes les formes de
maladies ou pathologies, à une réorientation des campagnes de
sensibilisation et à une plus grande efficacité des soins, des prises en
charge ou des systèmes de santé.
Les auteurs des dix articles retenus pour le dossier proviennent
des universités suivantes : University of Nottingham (United
Kingdom), Université Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Université
de Bayreuth (Allemagne), Université de Lomé (Togo), Université
Général Lansana Conté Sonfonia-Conakry (Guinée), Université
Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso). Et des treize axes de recherche
initiaux, sept sont particulièrement explorés par les auteurs : les
représentations de la santé et de la maladie, la typologie des causes,
origines et facteurs de la maladie, les normes sociales et la maladie,
les conflits des systèmes de santé (traditionnel vs moderne), la
communication et les discours sociaux sur la maladie, la maladie et la
marginalisation sociale, la maladie et la désorganisation-
réorganisation familiale ou sociale. Au nombre des maladies et
10
pathologies passées au crible, au fil des articles, figurent la fièvre
hémorragique Ébola, l’infection à VIH SIDA, la lèpre, le choléra,
l’ulcère, la stérilité, la folie, le syndrome de Down, les troubles de
l’attention et de l’hyperactivité, le pied bot et le tétanos.
Dans les œuvres littéraires servant de corpus d’étude aux auteurs
des articles, il apparaît que, loin des causes organiques,
physiologiques ou accidentelles, les maladies et autres pathologies
diverses qui éprouvent les individus, les familles et les sociétés sont la
résultante de la dégradation de la relation de l’homme envers son
semblable, envers la société et envers la nature. La dégradation de la
relation entre l’homme et son semblable n’est rien moins que la
méchanceté, la jalousie et l’égoïsme de personnages dont sont
victimes certes des tiers innocents (l’ulcère de Bafitini lié au sortilège
que lui a filé un prétendant malheureux, l’épidémie de choléra liée aux
détournements des fonds destinés à l’assainissement), mais aussi et
par contrecoup les auteurs eux-mêmes (la folie de Baré Koulé, le
syndrome de Down, les troubles de l’attention et de l’hyperactivité
d’hommes politiques). La dégradation de la relation de l’homme à sa
société réside dans la transgression des valeurs et normes sociales
chez certains personnages qui s’adonnent allégrement à la débauche, à
la fornication, à la multiplicité des partenaires sexuels, à l’avortement
et à d’autres abus, les exposant de ce fait à des maux tels que
l’infection à VIH SIDA (Taram dans L’Épave d’Absouya). Enfin, la
dégradation de la relation de l’homme envers la nature provient de la
défiance de l’homme envers les autres forces de la nature, sa voracité
et son insatiabilité qui le poussent à tout exploiter, à dévaster la nature,
à exterminer certaines espèces animales et végétales pour s’approprier
leur habitat, s’exposant ainsi à des dangers lointains et cachés. Tel est
du moins le diagnostic de l’épidémie à fièvre hémorragique Ebola
dans En compagnie des hommes de Véronique Tadjo et dans Les
poussières des temps de Koffi Boko et rapporté respectivement par
Fatou Ghislaine Sanou de l’Université Joseph Ki-Zerbo, Ute Fendler
de l’Université de Bayreuth et Seexonam Komi Amewu de
l’Université de Lomé :
11
Mais les êtres humains ont détruit nos espoirs. Partout où
ils se trouvent, ils s'attaquent à la forêt. Nos troncs
s'écrasent dans un bruit de tonnerre. Nos racines dénudées
pleurent la fin de nos rêves. On ne décime pas la forêt sans
faire couler de sang. (Véronique Tadjo, p. 22)
Mais enfin, l’humanité aurait-elle "mangé le totem" ? Le
rubicond avait été franchi et le seuil du sacré largement
dépassé. Les dieux de la forêt auraient décidé de couper les
liens avec les humains ? (Koffi Boko, p. 47)
Évidemment, les conséquences sont désastreuses pour les
individus, les familles et les sociétés. Pour les individus, il y a, bien
sûr, la souffrance physique, avec des personnages tels que Bafitini,
François, Taram, etc., meurtris dans leur chair. Mais il y a surtout les
souffrances psychologiques et la violence verbale que nombre d’eux
subissent et qui réside en premier dans les paroles blessantes,
offensantes et discriminatoires comme le relève Anne Claverie
Kouassi N’Goran dans Saint Monsieur Baly de Williams Sassine avec
des métaphores et périphrases dénigrantes dont François, atteint de la
lèpre, fait l’objet : « l’homme pourri », « le lépreux-pourri »,
« l’homme-pourri-fou-lépreux-maudit », « du fou-lépreux-maudit »,
« ce lépreux-maudit, moitié-homme, moitié-démon », « ce monstre »,
« face monstrueuse », « tête affreuse ». Mais le plus dur pour nombre
de ces malades, c’est l’isolement, la marginalisation, la mise au ban de
la société. Mal aimés, discrédités aux yeux de la société, certains
personnages, à l’instar de Taram dans L’Épave d’Absouya de Jacques
Prosper, Khady, Lansiné et Malick dans Comme la nuit se fait lorsque
le jour s’en va de Libar Fofana, victimes de maladies considérées
honteuses comme le SIDA, font face à une forte hostilité de leur
entourage et de la société. C’est ce que nous disent Ayokunmi O.
Ojebode & Stephen E. Kekeghe :
« Beyond physical oppression, Hannah’s defiance to the
Matron’s directive subtly exposes the psychological burdens,
social discrimination and stigma attached to being a leper:
‘Don’t we have a right to live in this land – just because we are
12
like this… ? ...You think we don’t feel? Think we can’t
sense…Be human, my friend’ (HLD, p. 9-10). »
Du fait de ces maladies, l’unité et la cohésion des familles et des
communautés sont en péril, laissant place à une certaine
désorganisation sociale, à une suspicion permanente. C’est ce que
mettent en exergue Tounkara Cissé, Mamadou Yaya Sow et Adjoua
Anne-Claverie Kouassi N’Goran dans leurs contributions respectives
« Enjeux culturels et idéologiques du discours sur la stérilité féminine
dans Liens de mariage de Aïssatou Barry », « Maladie et conflictualité
chez Libar Fofana », « Poétique de la maladie et de la marginalisation
dans Saint Monsieur Bally de Williams Sassine ».
Au-delà des épreuves que constituent les maladies, la littérature
africaine écrite laisse transparaitre, propose des pistes pour en
préserver les individus, les familles et les sociétés. À la lecture des dix
contributions, deux systèmes de santé sont à l’œuvre : la thérapeutique
traditionnelle africaine et la médecine moderne. Elles apparaissent en
filigrane toutes les deux chez Ayokunmi O. Ojebode & Stephen E.
Kekeghe, « Diseases, Politics and Medicalisation : Literary-Diagnoses
of Patho-Political Epidemics in Nigerian Plays » et sont davantage
scénarisées dans la contribution de Clément Koama, « L’ulcère de
Bafitini : analyse lexiculturelle d’une séquence narrative dans Allah
n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma ». C’est ainsi qu’un
personnage de Allah n’est pas obligé, infirmier de son état de surcroît
dit, à sa patiente Bafitini :
C’est une maladie que la médecine, la science du blanc ne
peuvent guérir. « C’est la sorcellerie du guérisseur africain qui
peut fermer ta plaie. Si le capitaine opère ta jambe, tu vas
mourir, complètement mourir, totalement mourir comme un
chien », a dit l’infirmier major. L’infirmier était musulman et ne
pouvait pas mentir. (A. Kourouma, 2000, p. 23)
Si la contribution de Seexonam Komi Amewu « La
représentation de l’épidémie d’Ébola dans Les poussières des temps
de Koffi Boko » présente ces deux systèmes de santé comme
13
conflictuels, cette conflictualité, dans celle de Clément Koama,
s’efface dans l’incapacité de vaincre la maladie :
Au final, les oppositions semblent transcendées par la nécessité
de concilier les deux visions autour du triste dénouement de la
maladie. Si l’ulcère a eu raison de Bafitini, c’est en définitive
une manière de traduire l’incapacité des deux systèmes de santé
en concurrence devant le dessein divin, la fatalité, la finitude de
la nature humaine.
À la vérité, ces maladies et pathologies étant le corollaire de la
dégradation de la relation de l’homme envers son semblable, envers la
société et envers la nature, ni l’un ni l’autre de ces deux systèmes de
santé ne peuvent l’en préserver durablement. La solution, le salut de
l’humanité, réside dans les comportements plus humains, plus
responsables et surtout respectueux envers l’environnement, comme
l’indiquent la plupart des articles. Fatou Ghislaine Sanou écrit ainsi à
propos du roman En compagnie des hommes de l’Ivoirienne
Véronique Tadjo :
Véronique Tadjo donne la parole à plusieurs acteurs et victimes
dans une polyphonie au service de différents discours dans le
contexte social et culturel de l’Afrique contemporaine tiraillée
entre traditions et modernité. […] En effet, le lecteur est face
aux discours d’un chercheur, d’un médecin, d’une infirmière,
d’un volontaire local, d’un bénévole étranger, d’une mère en
agonie, d’un préfet, de la tante d’un orphelin, d’un homme qui
perd sa fiancée, d’un fossoyeur, d’une fille guérie du virus, d’un
baobab, d’une chauve-souris et du virus lui-même.
C’est en prenant en compte les intérêts de tous ces
personnages, humains, animaux et végétaux dans une sorte de
dualité entre rationalisme et mysticisme que jaillira l’espoir, laissent
entendre les œuvres littéraires africaines scrutées par les contributeurs.
Yacouba Banhoro
Sidiki Traoré
